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VERS LE SILENCE INTERIEUR  

 

De la perfection à l’imperfection

 

Lorsqu’on s’interroge sur le pourquoi d’un monde qui oscille sans cesse entre destruction et construction, nous sommes remplis de doutes sur la possibilité de vivre un bonheur permanent, et en prolongement, il nous arrive de nier l’existence même d’un principe parfait et divin.

 

Ce premier obstacle à la reconnaissance de notre essence éternelle est généré par l’activité mentale et la conscience duelle qui en résultent. En réalité, la dualité n’est pas uniquement inhérent au mental ; le physique, l’émotionnel obéissent aussi à ce principe qui, disons-le clairement n’est pas en lui-même une source malfaisante, mais ce que l’on peut nommer « la mère de la conscience ». C’est par elle que se produisent les contrastes nécessaires à l’éveil, c’est grâce à elle que nous parvenons à développer notre force de décision à suivre la voie médiane, la voie équilibrante conduisant à un retour vers l’unité.

 

Car comme l’enfant avide d’autonomie coupe les  liens viscéraux qui l’unissent à sa mère, de même l’homme dans son processus de libération prend ses distances vis-à-vis du principe de dualité.

 

A l’origine se trouve l’unité, la source de tout ce qui est. Dans notre univers de dualité, nous sommes divisés et ne cessons de scinder le monde qui nous entoure. Ce faisant, la distance qui nous sépare de la source grandit au fur et à mesure que nous complexifions notre relation au monde. Le mental règne en maître dans ce processus de division, il nous éloigne de la sagesse naturelle. Au lieu d’orienter notre attention vers le centre de notre être, nous multiplions la quête des objets et des connaissances extérieures, faisant grandir un savoir qui ne possède pas toujours un lien actif avec notre être essentiel.

 

Pour changer cet état, une modification d’intérêt, de direction est nécessaire. On parle d’un retournement qui se caractérise par une inversion de l'important en secondaire.

 

Exemple du processus de retournement L’idée du retournement est très présente dans les processus de l’évolution. Voici trois exemples pour imager ce phénomène :

 

A – Evolution des règnes de la nature

 

A partir du support minéral, nous voyons le végétal vertical, puis l’animal horizontal et à nouveau l’homme vertical. Ce dernier comparativement à l’arbre présente des complémentarités remarquables que le tableau suivant rassemble :

 

REGNE VEGETAL

REGNE HOMINAL

Ramifications visibles tournées vers le haut (feuillage)

Membres supérieurs et inférieurs tournés vers le bas

Fleurs (sexualité du végétal) orientées et placées vers le haut

Sexualité tournée et placée vers le bas

Complémentarité du vert de la chlorophylle…

 

…et du rouge des hématies

 

Le végétal, capable de réceptionner directement la lumière, pour servir ensuite de nourriture aux autres règnes, incarne le principe d’une connaissance directe : il s’abreuve à la source même de la vie, obéissant à un ordre naturel. A l’inverse l’homme suit le chemin de la désobéissance, il n’a plus un accès direct à l’énergie du Soleil, mais en contre-partie il possède un mental et, avec lui, une forme de libre-arbitre et un pouvoir d’utiliser à sa guise les richesses de la nature.

 

L’homme dans sa dimension mentale est né de la désobéissance de Prométhée coupable d’avoir dérobé le feu aux Dieux (référence à la mythologie Grecque). Pour retrouver son état originel de fusion avec le divin, l’homme doit accomplir un nouveau retournement.

 

B – Evolution de l’écriture.

 

Dans son ouvrage : « La lettre, chemin de vie », Annick de Souzenelle retrace pour chaque lettre les modifications des dessins les représentant au fil des civilisations. Ainsi la lettre A était représentée dans les hiéroglyphes Egyptiens par une tête de bœuf cornu  . Nous la trouvons ensuite dans l’écriture Canaan ite dans la même forme mais tournée à 90° . Un peu plus tard le renversement est complet : . C’est à partir de cette forme que prend racine notre « A ».

 

Chaque lettre présente un processus semblable, plus ou moins mis à jour, qui montre que l’évolution de l’écriture suit un mouvement circulaire (peut-être dans le sens des aiguilles d’une montre ?), rappelant celui observé dans l’évolution des règnes.

 

Etions-nous, à l’origine de la civilisation, plus près d’une attitude naturelle qu’aujourd’hui ? Ce renversement des lettres ne peut être aléatoire ; il traduit sûrement une loi en activité.

 

C – Le troisième exemple porte sur le retournement caractéristique du fœtus juste avant la naissance, ce qui laisse à penser que l’état fœtal est une étape terrestre rappelant l’état de perfection duquel nous venons.

 

La Bible nous parle aussi avec force de ce retournement. Souvenons-nous de la destruction de Sodome où Yahvé dit à Lot :

« Ne regarde pas derrière toi… de peur de périr » (Genèse 19-17) … « La femme de Lot regarda en arrière et elle devint une colonne de sel » (Genèse 19-26).

 

 

De l’imperfection à la perfection

 

Ce que Yahvé demande à Lot c’est, en s’éloignant du lieu où se trouve pervertie l’énergie créatrice, de ne point tourner son regard vers les conséquences inéluctables du karma et de s’orienter résolument vers la Lumière et le Divin. Le message est clair : ce qui en nous s’enfonce dans la négation du bon, du beau, du vrai, est dangereux au moment même où nous pouvons le quitter.

 

La voie intérieure nous invite à changer de direction et à quitter ce lieu (qui est avant tout un état vibratoire) sans diverger, sans hésiter, sans retour, dans l’impeccabilité d’une décision complète. Ce qui en nous hésite, tergiverse, c’est bien sûr le mental. Par son activité nous vivons en décalage avec l’instant présent, soit parce que des images du passé nous tiennent prisonnier, soit parce que nous nous projetons dans un avenir hypothétique. Bien des sages nous le disent : le problème majeur de l’humanité vient de son mental et de son incapacité à contrôler efficacement cet outil.

 

Le tableau suivant met en contraste les deux attitudes spécifiques du mental selon les priorités accordées :

 

ACTIVITES DU MENTAL

AVANT LE RETOURNEMENT

APRES LE RETOURNEMENT

Il occupe la place du maître et décide -ou croit décider- des grandes orientations de la vie

Il devient serviteur, au service d’une intelligence qui l’englobe

Son activité est incessante, véritable bruit de fond qui empêche toute irruption du moi profond

Son activité est discontinue ; il laisse des moments de vide propices au passage de l’Esprit

Il perçoit l’aspect matière de la vie comme étant la réalité et en conséquence fonctionne dans l’idée de séparation

Le plan physique est perçu comme une partie seulement d’une réalité UNE beaucoup plus vaste

Les pensées, les émotions sont perçues comme étant engendrées par l’activité cérébrale et endocrine du corps physique

Il y a interaction de tous les plans. Les pensées créatrices naissent lorsque le contact est établi avec le moi profond

Sans pensées pas de conscience

La conscience n’a pas besoin de la pensée pour exister

Il nous ballade entre les souvenirs et les anticipations

Il devient canal de l’énergie contenue dans l’instant présent

 

 

 

Méthode pour parvenir au contact du moi profond

 

1 – L’observation des pensées et émotions

-         Crée un décalage entre la conscience et l’activité psychique.

-         Il n’y a plus identification du moi à la pensée et aux émotions puisque le moi devient observateur ; une distance s’insère entre lui et l’activité psychique.

-         Un degré de liberté supplémentaire apparaît.

-         Où la Présence en arrière-plan du moi profond peut être perçue.

 

Réflexions  sur deux facettes de cette présence

 

Dans mon expérience quotidienne, je vis constamment avec la présence intérieure d’une conscience qui n’est pas identifiable à mon mental ou à mon moi ordinaire. Cette impression -qui doit être partagée par beaucoup je suppose- suscite en moi l’interrogation suivante :

 

-         cette présence est-elle le fruit du conditionnement moral imprimé dans mon psychisme par l’éducation reçue. une sorte d’instance morale, ou de Surmoi( pour employer un terme de la psychanalyse) qui s’est greffée artificiellement dans ma psyché.

-         Ou bien cette impression émane-t-elle d’un contact avec le moi indestructible présent de toute éternité.

 

Comme la première proposition est semblable à un voile recouvrant la seconde, et qui dans sa face interne reçoit les vibrations du vrai moi, la distinction peut ne pas être aisée. Pourtant il existe un moyen simple de les reconnaître. La nature nous offre des situations analogues à celles-ci. Nous trouvons ainsi des baies comestibles et d‘autres presque semblables en apparence mais qui sont toxiques pour l’homme. Nous les reconnaissons aux effets qu’ils produisent sur nous lorsque nous les ingérons. De même ces deux présences se distinguent par les états qu’ils produisent en nous :

-         l’instance morale engendre doute, culpabilité, fluctuation, oppression, angoisse, peur…

-         le moi profond engendre, lui, impressions de paix, de joie, d’unité…

 

Je ne porte pas de jugement sur le mental et les émotions ; je constate seulement leur manière de se développer, d’exister en moi. Je cesse d’être identifié à eux.

 

 

2 – Stopper le flux mental

 

La prise de conscience d’un dialogue intérieur qui ne s’arrête jamais amène l’interrogation suivante : si ce bavardage n’existait pas, que se passerait-il ? Supposons que le bruit incessant de nos pensée recouvre un autre son, une autre voix plus subtile dont nous n’entendons jamais le message. Partant de cette hypothèse, la question devient : comment favoriser l’émergence de cette possible Présence dans notre vie de tous les jours ?

 

Nous avons déjà évoqué la réponse à cette question en soulignant la nécessité de créer des moments de vacuité, en brisant la continuité rassurante de notre dialogue intérieur. C’est le but principal de toutes les méditations, parvenir dans un état de réceptivité, de disponibilité, de vide, afin d’accueillir la présence du Maître intérieur. Méditer suppose se mettre en retrait du monde ambiant, dans un lieu calme et conçu pour favoriser le recueillement. Existe-t-il d’autres moyens pour atteindre au silence intérieur ?

 

Cet été en marchant sur les routes de Compostelle, nous avons expérimenté une forme de travail tout à fait intéressante. Au lieu de laisser nos pensées vaquer à leur gré dans le temps, tantôt dans les souvenirs, tantôt dans  les projets, nous nous sommes disciplinés afin d’être le plus dans l’instant présent. Certes, ce ne fut pas une réussite à 100%, on ne change pas un fonctionnement ancré dans des années d’habitude en huit jours, mais ce travail amena quelques moments précieux, une plus grande disponibilité, et une moindre fatigue.

 

 

3 – Vivre dans l’instant présent

 

A notre époque où se développent les techniques d’écoute du corps physique, voie de rééquilibrage nécessaire dans notre occident par trop intellectualisé, la marche apparaît comme la technique naturelle par excellence pour se mettre en situation d’attention au corps et aux sens.

 

Le premier acte se joue au niveau de la respiration ; la simple attention portée sur l’inspire et l’expire procure une satisfaction, un bien-être indéniable. D’une manière générale chaque moment où l’activité mentale (indissociable du facteur temps) s’arrête, voit la libération d’une énergie précieuse qui est ressentie comme source de la vie. Il n’est pas nécessaire de modifier son rythme respiratoire, mais seulement de sentir l’air pénétrer dans nos poumons, puis l’expulser de soi avec conscience.

 

Le deuxième acte consiste à inspirer non plus seulement avec le nez et les poumons mais avec tout son corps. Cet énoncé peut paraître curieux voire incompréhensible si on l’écoute avec le raisonnable. Accomplir cet exercice fait passer l’attention directement dans le corps énergie. En ayant l’intention d’ouvrir tout le corps à l’absorption de l’air, je sensibilise mon corps éthérique et l’ouvre à des énergies subtiles.

 

J’entre aussi en relation avec le monde environnant d’une manière globale. Mes sens son aiguisés, tout ce qui constitue mon champ de perception est animé dune vivance particulière. Je vois les formes qui m’entourent non plus comme des objets morts, mais comme des êtres qui irradient leur vitalité. Je me sens faisant un avec eux.

 

Choisir la marche pour privilégier des moments de travail sur l’instant présent est une bonne méthode ; toutefois chaque moment de la journée quelle que soit l’activité exercée contient la clef de l’éveil.. En étant identifiés au mental, nous laissons le présent s’échapper. La clef de l’éveil spirituel c’est de vivre l’instant sans remord, ni crainte ; dans cette optique, chaque seconde représente un trésor que nous laissons filer entre nos doigts.

 

Bien sûr, il y a dans le futur des moments que nous appréhendons, il y a dans le passé des expériences douloureuses qui nous habitent et qui surgissent parfois à la surface de la conscience suscitant regrets, doutes, culpabilité, etc. Mais rien de tout cela n’a existé en dehors du présent, et assujettir le seul moment de liberté aux méandres du temps c’est être à côté de la plaque.

 

*

 

Pour clore cette petit réflexion sur le silence intérieur, voici extrait du jeu de Tarot de Osho Rajneesh la lame 2 des arcanes mineures appartenant à la catégorie « Arc-en-ciel » et concernant la maîtrise du physique :

 

 

 

Commentaires d'Osho Rajneesh sur cette lame :

 

"Bien que le personnage de cette lame avance sur les rochers d’un pas léger, le visage souriant, il reste parfaitement équilibré et vigilant. Derrière les flots mouvementés se profilent des bâtiments. Il y a une ville à l’arrière-plan. Cet homme est présent dans la société et en même temps il en est détaché. Sans perdre pied, il observe d’en haut.

 

Cette lame nous incite à ne plus nous préoccuper de ce qui est ailleurs et autrement et à investir toute notre attention dans ce qui se passe ici et maintenant.

 

La vie est un vaste océan au sein duquel vous pourriez jouer quand vous aurez renoncé à vos opinions, à vos jugements, à vos programmes obsessionnels. Soyez disponible pour ce qui arrive. Et ne vous tracassez pas si vous trébuchez ou tombez. Relevez-vous, secouez la poussière de vos vêtements, riez de votre maladresse et poursuivez votre chemin." 

Tarot ZEN d’Osho Rajneesh

 

 

 

Pierre Cornuez

 

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